Le
Club de ballons de Céroux, capitale belge du ballon,
le plus ancien du pays, a voulu marquer l'anniversaire du premier
vol en Belgique d'une montgolfière. Une plaque commémorative
a été apposée, et une nuée de ballons
se sont envolés le 12 septembre. Nous étions du
voyage.
Il
peut paraître étonnant de célébrer,
en 1999, les 30 ans de la montgolfière. C'est oublier que
l'histoire du ballon à air chaud s'est déroulée
en deux temps bien distincts.
Le tout premier vol humain en montgolfière s'est bien déroulé
le 21 novembre 1783. Les deux premiers aérostiers de l'histoire
s'appelaient Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes.
Le premier devait se tuer deux ans plus tard, dans un accident
de montgolfière.
Le ballon à air chaud connut un réel succès
dans le courant du 19ème siècle, comme curiosité.
Mais la guerre de 1870 démontra la supériorité
du ballon à gaz. Ce brasero volant qu'était la montgolfière
était en effet trop dangereux. Elle était en papier,
et s'enflammait au premier coup de vent... Et l'on pensa que le
ballon à air chaud disparaîtrait à jamais...
Génération
nylon
Grâce
aux technologies modernes, la renaissance de la montgolfière
est venue de façon totalement inattendue dans les années
60, aux États-Unis puis en Grande-Bretagne, et enfin en
Belgique. C'est la conjonction de techniques modernes qui a permis
cette renaissance: le nylon pour l'enveloppe, le propane pour
la production de calories, et l'aluminium pour le stockage du
gaz... Ces ballons sont performants, sûrs, et - relativement
- bon marché. Leur vocation: le loisir.
En Belgique, le premier ballon à air
chaud s'envole le samedi 13 septembre 1969, de l'aérodrome
de Temploux. Il est 18h10 et, ce jour-là, le temps est
ensoleillé. À bord de la nacelle, trois passionnés:
le pilote britannique Mark Westwood; François Schaut, pilote
belge de ballons à gaz, qui connaît bien la réglementation
aérienne en vigueur en Belgique; et Michel Evrard, en quelque
sorte le "sponsor" de cette première, puisqu'il
est responsable commercial de la société Petrogaz.
L'opération est séduisante. Plusieurs
vols sont prévus à Liège, Tournai, Gand...
Pour le vol de Gand, Marc Westwood cédera sa place à
son collègue britannique, Don Cameron, que l'on reverra
en Belgique les années suivantes et qui est devenu "la"
référence en matière de construction de ballons
à air chaud. Le ballon, avec lequel Bertrand Piccard et
Brian Jones ont récemment réussi à faire
le tour du monde, était de sa fabrication.
Céroux,
Capitale
belge du ballon
L'expérience
de septembre 1969 étant concluante, dès l'année
suivante, quelques passionnés construisent eux-mêmes
leurs montgolfières. La première immatriculation
en Belgique était attribuée: 00-GDB. D'autres amateurs
suivent le mouvement. À l'époque, il fallait être
riche pour s'intéresser au ballon. Aujourd'hui, le sponsoring
règne en maître sur le monde de l'air chaud.
Mais, où se réunir? Parmi les
premiers clubs, il y a celui de Céroux. La superbe place,
entourée d'arbres, du petit village du Brabant wallon se
trouve un peu à l'écart des grands couloirs aériens.
Et le paysage est sublime. Le 27 avril 1970, la première
montgolfière décollait de Céroux. Depuis,
le petit village brabançon est devenu un haut lieu du ballon
en Belgique. Mais ceci est une autre histoire. Car, c'est bien
à Temploux que l'on a célébré le 30ème
anniversaire du premier vol...
Soudain plus léger que l'air...
Étalées sur le bord des pistes,
une dizaine de montgolfières multicolores attendent d'être
gonflées. En moyenne, chaque ballon pèse à
peine 150 kilos. Bourré d'air chaud, il s'élèvera
lentement pour absorber plus de 1.600 m3 d'air.
Il y a peu, toute l'opération se faisait
à l'aide des brûleurs à gaz. Il s'agissait
de "gaver" la gueule du ballon avec de l'air chaud,
grâce à des mouvements de battements assez délicats
à effectuer sans se brûler...
Actuellement, tous les aérostiers utilisent
une technique plus simple: équipés de grands aérateurs,
ils font d'abord pénétrer de l'air à température
ambiante pour gonfler la toile. Dès que la gueule du ballon
est entrouverte, l'aérostier, allongé dans la nacelle,
donne quelques coups de flamme.
Notre aérostier s'appelle "Dédé"
Bertrand. Il vole avec "Air Escargot" depuis une dizaine
d'années.
Un petit coup de flamme, et soudain le ballon
se redresse mollement. La nacelle se met également debout.
C'est le moment, pour l'équipage, d'enjamber le grand panier
en osier. Jusqu'au moment du départ, le seul travail de
l'aérostier consiste à veiller à ce que le
ballon se maintienne en position verticale sans décoller.
Enfin, "Dédé" reçoit
l'autorisation de décoller (ce 12 septembre, il y avait
un ordre de décollage car, vu l'affluence de ballons à
Temploux, on risquait la mêlée...). Un grand coup
de flamme, et soudain, c'est la magie: nous sommes plus légers
que l'air!
Un vrai miracle, car "Dédé" et son équipage
sont plutôt du genre "costauds". Rapidement, le
ballon quitte le sol, s'élève... Bientôt,
on voit au sol l'enchevêtrement multicolore des ballons,
eux aussi prêts à partir.
Il
suffit d'un souffle pour que l'on monte ou que l'on descende.
-
Dans les ballons à gaz (sur le volume desquels l'équipage
ne peut influer, une fois gonflés), l'équipage doit
conserver à bord jusqu'aux papiers d'emballage de chocolat,
explique "Dédé". Ces quelques grammes
suffisent à rompre l'équilibre. Ainsi, pour les
vols de plusieurs heures, ils doivent conserver jusqu'à
leur urine à bord. Sans quoi ils s'envoleraient trop haut
dans le ciel...
Vive
le GSM
Pour
ce vol anniversaire du 12 septembre, pas question de monter trop
haut dans le ciel. Il fait beau et très chaud. Mais un
front orageux s'annonce. On ne pourra pas monter à plus
de 500 mètres. En outre, le vent nous pousse en direction
de la vallée de la Meuse. Il faut soit atterrir avant;
soit passer la Meuse; mais alors, le vol devra être très
long. Or, il faut avoir atterri avant la tombée du jour.
Conclusion:
- On va atterrir dans ce pré, derrière les arbres,
décide Dédé. Vous verrez, c'est très
simple.
En tirant sur une sorte de valve gigantesque (appelée "parachute")
située au fond du ballon, Dédé laisse s'échapper
de l'air chaud. L'effet est immédiat: nous descendons.
Nous finissons par faire "littéralement" du rase-mottes,
puis par nous poser. Le ballon est maintenu en position verticale,
le temps, pour l'aérostier, d'appeler son équipe
de récupération, munie d'une solide remorque et
d'un 4x4.
- Le GSM a changé notre vie, reconnaît Dédé.
Grâce à lui, je peux appeler mon équipe et
lui donner des indications pour me rechercher. Avant, mes équipiers
devaient me suivre en voiture sans me perdre du regard. Et, une
fois l'atterrissage fait, je disparaissais à leur vue derrière
un rideau d'arbres. Retrouver le ballon était un exercice
très délicat. Certes, on avait des radios. Mais
elles ne fonctionnaient plus, le ballon une fois posé au
sol.
Dès que la voiture arrive, "Dédé"
tire un grand coup sur le parachute. En quelques secondes, le
ballon perd de sa superbe, se couche et se vide de son air. Cinq
minutes plus tard, il n'est plus qu'une grande toile, ballonnée
ici et là. Dix minutes plus tard, il n'est plus qu'un grand
tas de chiffons retenu dans un grand sac et placé au fond
de la remorque.
Toute la magie du ballon réside dans ce contraste...
Jean-Marc
Veszely.
Renseignements:
Club des Ballons de Céroux 02/387.16.18; fax: 02/387.16.19.